Les technologies offrent de vastes terrains de jeu pour les musicien·nes à travers objets, instruments, procédures et techniques. Lors de la première des deux soirées au Bodeek, Claire Williams capte des présences par les ondes électromagnétiques, Sholto Dobie & Alanas Gurinas jouent leurs propres tuyaux et objets, et Limpe Fuchs & Mark Fell dialoguent à travers sculptures analogiques et algorithmes électroniques. L’après-midi, un programme de conférences a lieu au Q-O2.
Le programme de conférences du festival consiste en une après-midi de cinq interventions suivies d’une table ronde, offrant un temps d’échange entre les intervenant·es et le public. Les interventions abordent différents aspects liés à la thématique du festival. Modération par Elena Biserna.
14:00 Doors 14:30 Joost Rekveld – Liberate the Crystals! 15:00 Alanna Stuart – Me Di Deh: The impact of queer and female leadership in Jamaican-Canadian sound culture 15:45 Marie Thompson – Sonic surrogates 16: 15 Gary Stewart – Media Alchemists 17:00 Femke Snelting – Whatever happens elsewhere 17:30 Table ronde, modération par Elena Biserna
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Liberate the Crystals!
La pratique de l’image en mouvement expérimentale de Joost Rekveld repose sur un dialogue continu avec des machines et des matériaux. Récemment, il reprend des techniques historiques de calcul analogique et de simulation électronique, entretient d’anciennes machines et développe de nouveaux dispositifs à partir de principes aujourd’hui peu utilisés. Cette approche ouvre une réflexion sur la relation entre humains et machines qui ne repose pas sur le contrôle. Dans cette perspective, il s’intéresse aux matériaux cristallins qui soutiennent les technologies électroniques, en étudiant la relation entre l’homogénéité nécessaire à la fiabilité des semi-conducteurs et le fait que leur fonctionnement dépend de perturbations et de déplacements dans le réseau cristallin.
Joost Rekveld est artiste et chercheur. Il s’interroge sur ce que les humains peuvent apprendre d’un dialogue avec les machines qu’ils ont construites. Dans une démarche proche de l’archéologie des médias, il explore des formes d’engagement matériel avec des dispositifs et des concepts issus de zones souvent négligées de l’histoire des sciences et des technologies. Les résultats de ces recherches prennent souvent la forme de films abstraits qui évoquent des phénoménologies étrangères.
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Me Di Deh: The impact of queer and female leadership in Jamaican-Canadian sound culture
Dans Me Di Deh (« je suis ici »), Stuart réfléchit à la manière dont des selectors (DJ) et producteur·rices queer et femmes à Toronto – troisième diaspora jamaïcaine en importance – réinterprètent l’héritage sonore jamaïcain. Leur travail s’appuie sur des traditions existantes tout en remettant en question certaines normes de l’intérieur. Mi Di Deh mêle mémoire personnelle et analyse critique. Stuart revient sur son propre parcours musical entre studios et sound systems en Jamaïque – pays d’origine de son père et lieu de naissance du sound system – et au Canada, où elle est née. Elle tisse images documentaires issues de son premier voyage en Jamaïque, apports des théories queer et féministes noires, et extraits de récits personnels de cinq figures importantes de la scène torontoise : Heather « Live Wire » Bubb-Clarke, Tasha Rozez, Ace Dillinger, Nino Brown et Bambii. L’ensemble met en lumière la culture locale de la bass music à Toronto et montre comment des artistes jamaïcain·es queer et femmes élargissent les contours du sound system, en mobilisant technologie et care pour transformer un héritage sonore historiquement dominé par des hommes.
Alanna Stuart (aussi connue sous le nom PYNE) est une artiste-chercheuse caribéenne-canadienne. Dans sa pratique artistique et théorique, elle développe ce qu’elle nomme une praxis « Femmehall », qui explore les potentialités d’une approche féminine de la production dancehall reggae. En tant que productrice et vocaliste PYNE, Stuart collabore avec Beverly Glenn-Copeland, Bambii, U.S. Girls, Equiknoxx Music, Jeremy Dutcher et Junior Boys. En dehors du studio, Alanna Stuart est boursière doctorale SSHRC et doctorante en études de genre à Queen’s University. Ses recherches paraissent notamment dans Socio-Economic Review, Work, Employment & Society et la revue tekhnē.
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Sonic surrogates
Pourquoi existe-t-il autant de technologies sonores, de services musicaux et d’applications qui prétendent nous aider à prendre soin de nous-mêmes, de nos proches et de nos familles ? Cette intervention examine la multiplication de « substituts sonores » supposés automatiser et améliorer les pratiques de care. En reliant ces technologies dites « prometteuses » aux histoires genrées et coloniales de l’enregistrement sonore, ainsi qu’à certains investissements idéologiques liés à l’écoute, Thompson propose de voir les substituts sonores comme le symptôme d’une crise persistante de la reproduction. Si les substituts sonores, comme d’autres technologies du son, relèvent de relations sociales à tous les niveaux, comment les rendre visibles, les reconfigurer et les réimaginer ?
Marie Thompson est maîtresse de conférences en musiques populaires à The Open University (Royaume-Uni). Elle est l’autrice de Beyond Unwanted Sound: Noise, Affect and Aesthetic Moralism (Bloomsbury, 2017), Sonic Surrogates: Music, Automation and the Crisis of Reproduction (UC Press, à paraître) et, avec Annie Goh, Sonic Cyberfeminisms (Goldsmiths Press, à paraître).
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Media Alchemists
Gary Stewart will introduce The Materials Montage Mixer, first conceived and designed in 2007 to re-work and re-appropriate archival material functioning as a space which emphasises multiple points of entry to facilitate new lines of enquiry. Using hardware and software as a form of live audio visual performance where disparate elements of images, video, sound, text, meanings, interpretation, structure and rhythm are concretised in an environment or space. Over the last 20 years its has been used as a as a recombinant, re-contextualising and reassembling content performance platform facilitating the manipulation of collective media memory by bending the trajectory of not just the past into the present and the creation of new imagined futures but alsothe crossing between geographic, cultural and conceptual spaces. A platform that is not just political but also an act of freedom that challengesthe typical, oppositional, relationships between artist/participant, artists/audience, knowing/watching.
Gary Stewart is a media artist who is constantly challenging accepted definitions of identity and belonging through a range of theoretical, fictional and artistic frames. For several decades he has been opposed to traditional forms of authority by transforming the very fabric of sound, exploring how sonic frequencies, timbres and primal rhythmic stimuli might enable you to reimagine and reconfigure the dominant narratives that seek to differentiate and create subordinate fractures in society. You are just as likely to experience the outcomes of his artistic pursuits, engagements and actions in social housing estates, international biennales, favelas, cinematic festivals, repurposed storefronts and warehouses, contemporary art galleries, railway stations, national museums, factories, stately homes, former plantations, courts of law, squatter community and national parks. He is a founder member of research, production and performance artist group Dubmorphology and performs as experimental improvisational sound artist Bantu.
En passant par différentes échelles d’infrastructure informatique, cette contribution tente de percevoir les répercussions actuelles des pratiques numériques et d’imaginer d’autres manières d’entrer en résonance avec le matériel, les logiciels et les réseaux. Des algorithmes DIY aux bobines de fibre optique visibles dans les rues de Bruxelles, des activités quotidiennes des communautés open source à l’extraction minière en haute mer, des expérimentations locales autour des batteries à la complicité dans des génocides, de quelles constellations numériques faisons-nous partie et comment prendre soin de leurs implications ici et ailleurs ?
Femke Snelting développe des méthodes, des situations et des formes de recherche-action critique autour des infrastructures informatiques et de leurs effets. Avec Miriyam Aouragh, Seda Gürses, Helen Pritchard et Jara Rocha, elle participe à The Institute for Technology in the Public Interest (TITiPI). TITiPI est un collectif de recherche engagé qui articule, questionne et réimagine l’impact des infrastructures informatiques sur la vie collective. Femke accompagne la recherche artistique à MERIAN et contribue à Nubo, qui propose des services numériques open source hébergés localement.
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A Basket of Rays
Performance sonore live pour l’inouï, l’étrange acoustique et des énergies d’un autre monde. Un système multicanal tissé d’interfaces visibles et invisibles mobilise outils de radiesthésie et corps pour capter et amplifier des énergies brutes, révélant des auras électromagnétiques de circuits réactivés et des présences traversant l’espace. Inspirée des séances médiumniques domestiques du XIXe siècle et de dispositifs parapsychologiques, occultes ou expérimentaux oubliés [radionique, EVP, détecteurs de fantômes, télégraphie céleste, pendules], la performance explore des para-communications instables, invitant à rencontrer xénovoix, perceptions sensorielles inhabituelles et hallucinations auditives, cartographiant les courants invisibles qui façonnent environnement et psyché.
Claire Williams crée des antennes tissées, des sculptures en verre remplies de plasma et des dispositifs sensibles à l’invisible. Des données issues de radiotélescopes et de scanners apparaissent sous forme de mailles, de vibrations ou de plasma lumineux. Elle rend perceptibles des mouvements électromagnétiques provenant du cosmos, de la magnétosphère, des ondes radio terrestres et du corps. Au sein du duo The Æthers, elle explore des pratiques expérimentales et occultes historiques liées à l’invisible.
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En utilisant des instruments acoustiques auto-construits et des matériaux du quotidien, la performance conjointe de Dobie et Gurinas accorde une attention particulière aux approches spécifiques au lieu et à l’utilisation d’objets sonores autonomes. Leur univers sonore se déploie à travers des structures ouvertes et des transformations subtiles, ce qui forme des paysages invisibles et des passages que l’auditeur peut traverser.
Alanas Gurinas est un artiste interdisciplinaire qui crée dans le domaine des performances sonores et des installations audiovisuelles. Dans sa pratique sonore, il explore le son comme phénomène textural, ainsi que les thèmes de l’éphémère et des relations entre différents objets et espaces audibles et inaudibles.
Sholto Dobie est né à Édimbourg et vit à Vilnius. Il est artiste et organisateur, et travaille dans divers contextes liés au son. Dans ses performances, il utilise différentes sources sonores, notamment des instruments à tuyaux fabriqués par lui-même, des accordéons et la voix, qui refléte et intégre des intérêts pour les phénomènes sonores, la construction traditionnelle d’instruments et le folklore.
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Mark Fell et Limpe Fuchs viennent de traditions en apparence incompatibles – Fell de la musique algorithmique et électronique, Fuchs d’instruments auto-construits, de l’improvisation et du son acoustique. Leur rencontre aux marges de leurs champs ouvre un espace commun pour repenser la performance et la structure musicale. Leurs performances abordent l’instabilité du temps à travers l’improvisation sur la durée, où la musique devient une négociation continue du temps comme processus audible et instable.
Mark Fell émerge de la scène électronique underground de Sheffield à la fin des années 1990 et se fait connaître en réduisant la house et la techno à leurs éléments essentiels. Sa pratique évolue vers l’étude de formes de temporalité inhabituelles et structurées à travers performances, installations, enregistrements et écrits. Nourri par la philosophie, l’analyse et le cinéma, il travaille aujourd’hui en collaboration, avec une attention portée aux systèmes de groupe, à la création musicale collective et aux processus sociaux.
Depuis des décennies, Limpe Fuchs fait partie des figures marquantes de la scène expérimentale internationale. Formée au piano, au violon et à la percussion à Munich, elle joue d’instruments conçus à partir de bronze, granit et bois dur, en relation directe avec l’écologie de l’espace où elle se produit.